Annulation de la dette grecque, maintenant!

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Le débat autour d’une restructuration de la dette publique grecque se heurte à un mur et impose la prise d’importantes initiatives en vue de son annulation pure et simple. Il s’agit d’abord d’annuler la partie de la dette due aux mécanismes de la Troïka et qui représente plus de 70% de la dette publique totale.
Ceci implique automatiquement la cessation immédiate du paiement du service de la dette publique à travers la renonciation des accords de prêt. Cette annulation s’impose afin de créer l’espace budgétaire permettant d’assurer une politique sociale nécessaire pour améliorer le niveau de vie du peuple et pour réellement renverser l’austérité. Continuer à assurer le remboursement du service de la dette présuppose, cette année, de débourser 5,88 milliards d’euros en intérêts et 16 milliards d’euros en capital. Cela implique que :

  • L’écrasante majorité des chômeurs (82% aujourd’hui) continuera à ne toucher aucune allocation
  • Le nécessaire financement et recrutement dans des services publics tels que la santé, l’éducation, la sécurité sociale et la culture demeurera un rêve lointain
  • La nécessaire création d’un vaste programme d’investissements publics sera reportéà un avenir indéfini

Les projets des créanciers pour un étalement des paiements de la dette publique et une réduction du taux d’intérêt doivent être rejetés parce qu’ils transfèrent le fardeau du remboursement aux générations futures et impliquent la reconnaissance d’une dette illégitime. De plus, ces projets n’apporteraient aucune réduction importante puisque les taux d’intérêts sont déjà très bas. L’installation permanente de la dette grecque au sein de la BCE au moyen d’émission d’ « obligations perpétuelles » signifie aussi une perpétuation du surendettement.
La seule voie pour que l’annulation de la dette grecque ne se fasse pas aux dépensdes intérêts du peuple grec, c’est qu’elle soit unilatérale et fondée sur les droits dont dispose tout Etat indépendant et souverain. L’expérience du programme d’échange d’obligations à hauteur de 106 milliards Euros en 2012 (PSI+) démontre que la condition sine qua non pour qu’une annulation de la dette mène à un allègement du fardeau pour le peuple, c’est qu’elle soit planifiée et mise en œuvre en passant outre et en allant contre la volonté de créanciers. Cette même conclusion est confirmée par l’expérience récente d’autres pays (Argentine, Equateur, Russie, Islande) qui, malgré leurs différences, ont unilatéralement effacé au moins une partie de leurs dettes.

L’annulation nécessaire de la dette grecque peut être légitimée par des recours en justice internationale et être acceptée sur base :

  • De l’état d’urgence et de la catastrophe humanitaire qui sévit depuis 2010 à cause de l’augmentation du chômage à 27%, de la réduction des salaires et des pensions de 40% en moyenne, de l’émigration massive de plus de 100.000 jeunes, de plus de 5.000 suicides à cause de problèmes économiques etc.
  • De l’audit de la dette publique par un comité international indépendant contrôlé par la société et ses acteurs. Il faut souligner que la partie de la dette due aux politiques imposées par la troïka est manifestement odieuse. 92% des paiements (232 et 252 milliards d’euros) est revenu aux prêteurs et aux banques. En fait, les prêteurs savaient très bien que cet argent ne servirait pas aux besoins du peuple grec, tandis que les gouvernements qui ont signé les deux accords de prêts n’avaient aucune légitimité pour prendre une telle décision au nom du peuple grec.
  • Des responsabilités qu’ont les prêteurs dans la montée en flèche de la dette qui est passée de 299 milliards d’euros (115% du PIB) en septembre 2009 à 324 milliards d’euros aujourd’hui (180% du PIB).
  • D’une compensation des dettes engendrées par l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale (travail non rémunéré, réparations, emprunts forcés, etc.) qui, selon certaines estimations internationales fiables, dépassent1 mille milliards d’euros.
  • De la résolution récente de l’Assemblée générale des Nations Unies (9/2014), suite à la proposition de l’Argentine, qui déplore le dérèglement actuel du marché des obligations et appelle à la protection des États souverains contre les «fonds vautours» («vulturefunds»).

L’arrêt immédiat des paiements et l’annulation de la dette par des actions unilatérales à l’encontre des prêteurs n’affecteront pas les peuples européens. Elles affecteront, par contre, directement le FMI, la BCE et les institutions créées par l’UE depuis 2010 (FESF, MES). Il s’agit d’un mécanisme inscrit dans uncadre réactionnairequi a comme objectif de faire en sorte que la crise de la dette soit payée par les peuples d’Europe et non par les élites qui l’ont créé. D’ailleurs, ils sont responsables du fait que le profil de la dette publique a changé en devenant officielle ou transnationale. Aujourd’hui plus de 70% de cette dette appartient à la Troïka.
En fait, l’annulation de la dette est nécessaire et ne se dirige en aucun cas contre les peuples d’Europe. Cet argument est avancé afin que l’on renonce à la demande de sa suppression. Les prêts à la Grèce (ainsi qu’aux autres pays qui ont été endettés dans le cadre de ce mécanisme, par exemple à Chypre, au Portugal et en Irlande) n’ont pas soi-disant «sauvé» le peuple grec. Ils ont par contre sauvé les banques et l’élite financière au détriment des peuples. Les peuples d’Europe été utilisés comme bouclier humain par l’UE, le FMI et les gouvernements afin de dissimuler le sauvetage des banques qui, uniquement en Grèce, a coûté 211 milliards d’euros. Les peuples d’Europe, d’ailleurs, n’ont jamais été consultés pour savoir s’ils voulaient participer à la rescousse des banques!

La contestation des intérêts des créanciers institutionnels (UE et FMI), qui, si la dette était annulée, seraient appelés à payer pour la crise qu’ils ont créé, est considérée une preuve d’indiscipline qui mène à la rupture avec la zone euro et avec l’UE. Même si c’était le cas:

  • L’avantage économique à long terme procuré par l’annulation unilatérale de la dette publique grecque serait plus grand que le coût à court terme provoqué par la sortie de la zone euro. Le perdant d’une telle sortie ne serait pas la Grèce, comme il est constamment répété dans le contexte de terreur idéologique, mais l’Allemagne et l’euro
  • La possibilité de mettre en place une politique industrielle indépendante, ainsi que d’investir dans des domaines critiques de l’économie grecque, au-delà des engagements des directives européennes, permettra un développement rapide de l’économie, une baisse drastique du chômage, ainsi que la mise en place de mesures telles que la diminution du temps de travail et l’abolition du travail flexible et précaire.
  • Abolir le respect des engagements des provisions de l’UE concernant la gouvernance économique et l’imposition de budgets équilibrés, permettra d’en finir avec l’austérité éternelle et permettra
    une redistribution équitable de la richesse sociale.
  • Le renversement de la souveraineté limitée, imposée par Bruxelles, Francfort et le 4e Reich, entre autre par le règlement 472/2013 art. 14, qui prévoit la surveillance de l’UE jusqu’à ce que 75% des prêts soit remboursé, permettra au peuple de regagner ses droits de souveraineté et humains.

L’annulation unilatérale de la dette publique grecque sera imposée dans le cadre d’une politique de rupture plus large, qui comprend: la nationalisation des banques sous contrôle social et en garantissant les dépôts, ainsi que d’autres domaines stratégiques de l’économie, le remboursement des caisses sociales, et des petits détenteurs d’obligations qui ont tout perdu à cause du PSI+, l’enquête des responsabilités pénales de ceux qui ont imposé l’émission d’obligations régies par le droit étranger, l’annulation de la dette privée des chômeurs, le soutien des petites et moyennes entreprises dans le but de la satisfaction des besoins sociaux etc.
Dans ce sens, nous, signataires de cette déclaration, économistes, juristes, universitaires et militants, qui avons participé aux luttes de ces dernières années contre les mémorandums, nous constituons une initiative d’information et de lutte, dans le but d’annuler la dette; cette initiative est appelée “Annulation de la dette, maintenant!”. Nous appelons à une assemblée constituante ouverte, pour la création d’un mouvement massif ayant comme but l’annulation de la dette. Nous invitons aussi des institutions sociales et des collectifs à adopter le cadre ci-dessus, pour qu’il devienne une revendication populaire.

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